Congo-Brazzaville: Lettre de la diaspora congolaise à Emmanuel Macron
By webmaster1 On 3 Sep, 2019 At 01:19 PM | Categorized As A la Une, Articles, Congo | With 0 Comments

Paris, le 29 Août 2019

Monsieur le Président de la République

 Palais de l’Élysée

55 rue du Faubourg-Saint-Honoré

  75008 Paris, France

Objet : Pression diplomatique de la France contre Sassou-Nguesso pour la tenue de la Conférence Nationale Souveraine et la libération des prisonniers politiques et d’opinion.

Monsieur le Président,

Monsieur le Président de la République, dans quelques jours vous allez recevoir à l’Élysée le dictateur Sassou-Nguesso que son peuple accuse d’avoir fait un hold-up électoral à la dernière présidentielle de 2016, après avoir changé unilatéralement la constitution de 2002 qui limitait à deux le nombre de mandats pour un même président et imposait la limite d’âge à 70 ans.

Monsieur le président de la République, « L’amitié se nourrit de la vérité » enseigne les MBONGUI (les écoles de la sagesse Kongo). Mais la nature de notre relation avec la France est loin de laisser indifférent. Pour nous, la France n’est pas une simple amie ; elle est un membre à part entière de la grande famille francophone, avec qui nous partageons la même histoire, la même langue et les mêmes valeurs. C’est donc en tant que francophiles que nous venons vers vous, pour tenter de sauver cette relation ternie par un certain nombre de pratiques inacceptables d’un autre âge mêlant pouvoir, faveur et argent.

Ceci dit, Monsieur le Président, la question de la démocratie au Congo est trop souvent réduite, par la diplomatie française, à la dimension électorale qui est-elle même réduite au fait de savoir si les élections sont libres, transparentes et régulières. Pour la France, la tenue d’élection satisfaisant à ces critères suffit pour décerner un brevet de démocratie. Or cette vision réductrice de la démocratie qui néglige les aspects fondamentaux, tue la démocratie et fait du dictateur Sassou-Nguesso un démocrate fréquentable.

Et, la conséquence la plus problématique du court-termisme électoral de la diplomatie française sur le Congo est son résultat final : le non-renouvellement de la classe politique congolaise. La restauration d’autorités légitimes issues des urnes, correspond de fait à la restauration de l’ancienne classe politique au pouvoir en dépit de ses responsabilités dans la faillite du pays, dans les conflits armés ou dans les génocides qui ont endeuillé le Congo.

Pourtant, ces deux coups d’État (constitutionnel et électoral) de Sassou-Nguesso soutenu à l’époque par votre prédécesseur à l’Élysée ont occasionné des dégâts aux conséquences graves au Congo : des tirs à balles réelles de l’armée sur les jeunes défendant l’ordre constitutionnel, des élections largement frauduleuses taillées sur mesure pour reconduire le dictateur, l’appropriation des moyens et ressources de l’État pour s’assurer la victoire, la coupure d’Internet, les bombardements dans le département du Pool pour traumatiser le peuple par la peur, les arrestations arbitraires des opposants politiques et d’opinion, l’intolérance à la critique en politique, les interdictions des marches pacifiques et meetings à l’opposition…

Sur ce, Sassou-Nguesso est un multirécidiviste. Déjà, après la chute du mur de Berlin naissait l’illusion de la fin de l’histoire du monopartisme, qui devait consacrer le triomphe de la démocratie libérale au Congo-Brazzaville. Et cet espoir reposait sur la Conférence Nationale Souveraine de 1991, dont le consensus nationale trouvé (la constitution de 1992) fut abrogé unilatéralement par ce même Sassou-Ngusso après son coup d’État militaire avec la complicité de l’étranger en 1997.

Mais, en l’invitant de nouveau à l’Élysée, vous relancez là un vrai débat sur ce que nous, francophiles congolais, attendons de notre relation avec votre pays, la France, ex-puissance colonisatrice du Congo. La question est pertinente mais difficile dans la mesure où certaines actions qui ont détruit notre pays, ont été parfois soutenues et cautionnées par vos prédécesseurs (Jacques Chirac, Sarkozy et François Hollande).

Également, ce long règne de Sassou-Nguesso est toujours soutenu par le chef de la diplomatie française, suscitant dans la presse mondiale un débat inédit surtout après la mise en « banqueroute » économique du Congo, le génocide dans le département Pool, les parodies des procès de Jean-Marie Michel Mokoko et d’André Okombi Salissa, et surtout après des nombreux scandales des détournements des fonds publics par le clan Sassou-Nguesso.

Monsieur le Président, vous avez eu raison d’affirmer devant les journalistes il y a quelques jours : « L’ordre international, c’est l’Occident qui le décidait ». À l’époque, les exclus du G7 ne pesaient pas plus de 30 % de la richesse du globe. « Aujourd’hui, c’est 52 %. Cet ordre est remis en cause. ».

La preuve, le Congo pré carré français se tourne de plus en plus vers des partenaires comme la Chine, Brésil, la Russie ou l’Inde pour vendre ses richesses énergétiques, ses matières premières et son potentiel de développement économique et commercial. L’affirmation de la présence chinoise n’est pas une volonté du peuple congolais, mais celle du chouchou du chef de la diplomatie française, Monsieur Jean-Yves Le Drian, que les Congolais appellent Jean-Yves Le Truand pour son soutien indéfectible au dictateur Sassou-Nguesso.

Donc, cette visite de Sassou-Nguesso après le sommet du G7 est particulièrement bien venue. Les attentes des laissés-pour-compte et des opprimés congolais sont nombreuses. Votre pays doit jouer le rôle de porte-parole auprès de Sassou-Nguesso. « Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès » nous dit Nelson Mandela. Êtes-vous prêts à assumer cette responsabilité à l’endroit de notre bourreau ?

Monsieur le président de la République, nous attendons de vous une pression diplomatique contre le pouvoir de Brazzaville pour la tenue d’une Conférence Nationale souveraine et pour la libération sans condition de Jean-Marie Michel Mokoko, d’André Okombi Salissa et des autres opposants politiques et d’opinion.

Parce que, le Congo issu de la colonisation française est une mosaïque humaine que seule une vraie démocratie transformera en une nation véritable. Sassou-Nguesso et son clan sont devenus un vrai obstacle pour l’avenir de ce pays et pour celui de notre relation apaisée avec la France. Cette Conférence Nationale souveraine devrait être assortie d’un gouvernement d’union nationale et d’une commission vérité, justice et réconciliation.

Restant à votre disposition pour vous fournir tout renseignement complémentaire, avec nos remerciements anticipés, nous nous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre considération respectueuse.

Par L’ASSOCIATION BISHIKANDA DIA POOL

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