Congo-Brazzaville: Lettre ouverte de la Diaspora aux membres du Conseil d’Administration du FMI pour demander le conditionnement de l’emprunt par la tenue d’un vrai dialogue national sans exclusif
By webmaster1 On 30 Jun, 2019 At 09:55 PM | Categorized As A la Une, Articles, Congo | With 0 Comments

Le 28 Juin 2019

  À l’attention du Conseil d’administration  

International Monetary Fund 700 19th Street, N.W.,Washington, D.C. 20431

Objet : Lettre ouverte aux membres du Conseil d’Administration du FMI pour demander le conditionnement de l’emprunt FMI au Congo par la tenue d’un vrai dialogue national sans exclusif assorti d’une transition et des élections transparentes sous l’égide de l’ONU

Madame la Presidente,

Dans quelques jours, le Conseil d’Administration du FMI va se prononcer sur le cas du Congo-Brazzaville pour un programme qui pourrait être soutenu par un arrangement financier au titre de la Facilité Élargie de Crédit (FEC) visant à aider, une nouvelle de fois, notre pays à rétablir la stabilité macroéconomique et à réaliser une croissance plus élevée et plus inclusive.

Alors que la vraie cause à l’origine de la crise congolaise est très bien connue de tous, mais le FMI continue à s’attaquer uniquement aux conséquences. Certes dans la situation où se trouve notre pays les emprunts FMI et Banque mondiale sont une chance ; mais ils deviennent sources de malheur dès lors qu’ils sont remis au gouvernement du tyran illégitime et illégal Sassou-Nguesso qui écrase le peuple congolais depuis plus de 20 ans sans partage de pouvoir. Tout pour lui et clan, et  rien pour le peuple congolais. N’est-il pas temps de conditionner cet emprunt FMI par la tenue d’un dialogue national sans exclusif assorti d’une période de transition et par la tenue des élections libres, crédibles et transparentes supervisées par l’Onu ?

En effet,  d’après la mission du Fonds monétaire international (FMI), dirigée par Alex Segura-Ubiergo, qui ait séjourné à Brazzaville du 1er au 8 mai ; les autorités congolaises ont fait des avancées majeures. Beaucoup d’Etat qui compose votre assemblée ont des ambassades au Congo. Nous pensons que les membres du Conseil d’Administration du FMI ne sont pas dupes. La République du Congo riche de son pétrole est pris en otage par Sassou-Nguesso depuis son coup d’Etat militaire avec la complicité de l’étranger en 1997, qui a eu comme conséquence directe: l’abrogation unilatérale du consensus national issu de la conférence nationale souveraine de 1991 (la constitution de 1992).

Madame la présidente, le déclin des partis d’opposition au Congo crée un grand vide, mais elle n’équivaut pourtant pas à une absence d’opposition sur la scène politique nationale. Les partis d’opposition sont plus souvent dépassés et remplacés par les mouvements citoyens, les formations religieuses et les réseaux sociaux qui mobilisent et cristallisent des revendications sociales, économique ou politiques. C’est donc pour satisfaire ce besoin d’opposition qui n’est plus assuré par ces partis politiques vieillissants, démodés dont les leaders ont tous été corrompus que nous vous écrivons.

À cet égard, autant nous saluons le travail de la mission du FMI, autant nous manifestons une extrême méfiance aux dires et aux documents fournis par le gouvernement congolais. La « banqueroute », la hideuse « banqueroute » qui dévore l’économie congolaise n’est-elle pas une des conséquences du manque de légitimité de Sassou-Nguesso?

À vrai dire, le Congo notre pays est malade de sa gouvernance politique et économique depuis la prise de pouvoir de Sassou-Nguesso par les armes. La faillite économique n’est qu’une conséquence parmi tant d’autres. Et la démocratie semble être le seul système de gouvernement le mieux adapté pour le développement d’un pays mosaïque comme le Congo issu de la colonisation française. 

Pour votre gouverne, le Congo est une mosaïque humaine que seule une vraie démocratie pourra transformer en une nation véritable, parce que composé des populations issues de la colonisation d’origines ouest-africaines (descendants des miliciens coloniaux, travailleurs des compagnies concessionnaires et de chemin de fer Congo-Océan …) et des populations locales (Bakongo, Batéké et pygmée). Et Sassou-Nguesso n’arrête pas d’exacerber cette division en stigmatisant les Bakongo par l’intermédiaire de son cheval de Troie, le pasteur Ntoumi, qu’il a introduit dans le département du Pool pour justifier la violence et les bombardements dans ce département ; la seule manière de traumatiser le peuple par la peur et de stopper la contestation populaire.

Mais, qu’est-ce que le régime de Sassou-Nguesso ? – Le régime en place au Congo est un régime « d’hommes forts » qui ressemble à une monarchie déguisée en république, avec des partis politiques dominants dans chaque département comme alliés. Une seule famille monopolise le pouvoir politique, économique et judiciaire. Cette famille est aidée par certaines familles (le clan) qui traitent le pays comme leur propriété privée du nord au sud.

Or, ce système exclusivement tourné vers l’effort de guerre dans le Pool pour traumatiser la population par la peur et casser toute contestation populaire, porte en lui les germes de sa décadence. Aristote en livre d’ailleurs l’explication dans le passage suivant: « les États militaires n’ont de chance de survivre que tant qu’ils restent en guerre, tandis qu’ils courent à leur perte aussitôt qu’ils ont fini de faire leurs conquêtes ». La paix détrempe leur caractère et la faute en réside dans un système qui considère le Congo comme sa propriété privée, et qui n’enseigne pas à ses soldats et miliciens ce qu’ils doivent faire de leur vie lorsqu’ils ne sont pas en guerre dans le Pool.

Raison pour laquelle, la question de la démocratie ne doit pas être séparée à celle de la bonne gouvernance. Et cette question est souvent réduite à la dimension électorale qui est pourtant elle-même réduite au fait que ces élections soient libres, transparentes, crédibles et sous surveillance des observateurs internationaux.

Dès lors, une question s’impose : le conseil d’administration du FMI veut sauver le dictateur Sassou-Nguesso ou bien sauver le peuple congolais martyrisé. L’emprunt du FMI qui devait rassembler les Congolais, a fini par les diviser et symboliser la survivance des réseaux d’influence plus ou moins occultes, entretenus par la France en Afrique (Françafrique), voire d’une forme de néocolonialisme, et parfois même des pratiques inacceptables, mêlant pouvoir, faveur et l’argent. La survie politique de la dictature en place au Congo dépend de l’argent du FMI et de sa capacité à maintenir ou à adapter ses soutiens stratégiques au fil des évolutions du contexte national et international.

En guise de rappel, par décision des conseils d’administration des deux institutions FMI et Banque Mondiale la dette du Congo était allégée de  1,9 milliard de dollars EU, dont 1,7 milliard dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) renforcée et 201,3 millions au titre de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM). Et les conseils d’administration avaient établi que la République du Congo avait pris les mesures nécessaires pour atteindre le point d’achèvement visé par l’Initiative PPTE. Et, les autorités  avaient intégralement exécuté les mesures liées à la stratégie nationale de réduction de la pauvreté, à la stabilité macroéconomique, à la gestion des finances publiques et à la gouvernance du secteur pétrolier, et réalisé des réformes dans les secteurs de l’éducation et de la santé et dans la gestion de la dette.

De ce fait, le Conseil d’Administration du FMI voit très bien aujourd’hui les conséquences dont il a soutenu les causes par ses différents emprunts répétés et par son programme PPTE qui n’a rien améliorer au Congo, à part aggraver la crise économique. Toutes les conditions sont donc réunies pour appeler à la désobéissance civile et aux protestations de rues pour chasser le dictateur Sassou-Nguesso, dont le clan a mis le pays en « banqueroute »…

Parce que, Sassou-Nguesso n’a jamais été élu par le peuple congolais, et il ne fait que coup d’État sur coup d’État, hold-up électoraux sur hold-up électoraux à toutes les élections. Curieusement, c’est au moment où cette dictature est de plus en plus fragilisée par la « banqueroute » ; c’est au moment où le peuple congolais veut lui faire payer le prix de son incapacité, de son illimité et de ses crimes contre l’humanité que le FMI s’apprête à lui accorder un autre prêt qui engage le Congo à long terme. Si la conséquence c’est la « banqueroute », la cause n’est-elle par Denis Sassou-Nguesso ?

Dans ce cas, que devons-nous faire de l’Alinéa 3 de l’article 21 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme de l’ONU : « […]. La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote ».

En vérité, Denis Sassou-Nguesso est illégitime ; l’élection présidentielle de 2016 ne lui a jamais donné de légitimité. Elle a par contre renforcé et aggravé la crise née de la modification unilatérale de la constitution de 2002 ; constitution qui l’empêchait d’un troisième mandat successif. Tout ce cirque n’avait pour seul objectif que de le maintenir du dictateur au pouvoir avec la complicité de l’étranger.

Puisque, après son hold-up électoral, ses soutiens internationaux ont attribué le label « post-conflit » au Congo pour faire croire à la fin de la crise et déclencher une dynamique de sortie de crise méritant d’être soutenue financièrement par le FMI et la Banque Mondiale. C’est la thérapie soutenue bec et oncle par la mission du FMI pour sauver ce régime honni et en perte de vitesse. Le Conseil d’Administration du FMI ne doit pas lui donner la buée de sauvetage. Le label « crise post-électoral » consiste uniquement à sauver Sassou-Nguesso en injectant l’emprunt du FMI dans le budget pour payer les fonctionnaires de l’administration, les étudiants et pour le rendre populaire à l’approche de la présidentielle de 2021.

Madame la présidente, si le Conseil d’Administration ne veut pas encore continuer d’infliger les conséquences dont il a soutenu les causes ; il faut donc exiger la tenue d’un vrai dialogue national sans exclusif assorti d’une transition et la tenue des élections libres transparentes et crédibles sous l’égide l’ONU. Sassou-Nguesso constitue aujourd’hui une entrave très sérieuse au développement du Congo. C’est pour toutes ces raisons que nous demandons le conditionnement cet emprunt. Il est important que ce pactole soit géré par un gouvernement légitime.

Avec nos remerciements, nous vous priions de trouver ici, Madame la présidente, l’expression de nos sentiments distingués.

Par BISHIKANDA DIA POOL

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