Gabon : Emmanuel Macron reconnait Ali Bongo, la pilule reste pour autant difficile à avaler pour Jean Ping
By webmaster1 On 25 Aug, 2017 At 01:28 PM | Categorized As A la Une, art et Mode, Congo | With 0 Comments

Afrique : Emmanuel Macron écrit à Ali Bongo : « Monsieur le Président… »

Emmanuel Macron écrit à Ali Bongo : « Monsieur le Président… »

Le président français Emmanuel Macron vient enfin de prendre implicitement contact avec son homologue gabonais Ali Bongo Ondimba à l’occasion de la célébration du 57e anniversaire de l’accession du pays à l’indépendance. Si c’est le premier contact officiel entre les deux chefs d’Etat, c’est le « Monsieur le Président » qui a soulevé une véritable polémique au Gabon. Au sein du régime, on jubile sur une reconnaissance certes tardive mais officielle de la réélection d’Ali Bongo et du coté de l’opposition, on minimise la portée de ce qui est pourtant une pilule difficile à avaler. Au delà du duel politique Bongo-Ping qui se poursuit, cela annonce peut-être la fin d’une brouille diplomatique entre Paris et Libreville.

C’est une tradition bien établie que les chefs d’Etat s’échangent des messages de vœux à l’occasion des fêtes nationales surtout pour des pays ayant en partage certaines affinités historiques. Cette fois pourtant, le message adressé par le président français Emmanuel Macron à son homologue gabonais Ali Bongo Ondimba vaut tout son pesant d’or comme l’illustre d’ailleurs la polémique qu’il a soulevé au sein du landerneau politique de Libreville où le contexte politique reste toujours tendue en raison de la contestation par le clan Jean Ping, de la réélection il y a une année, d’Ali Bongo.

Dans une lettre en date du 9 Août mais rendue publique à quelques heures du début des festivités marquant le 57e anniversaire de l’accession de l’indépendance du Gabon, Emmanuel Macron a écrit à Ali Bongo, «Monsieur le président », afin de lui transmettre ses vœux ainsi qu’au peuple gabonais.

«A l’occasion de la Fête nationale de la République gabonaise, j’ai le plaisir de vous adresser à vous-même, ainsi qu’à l’ensemble de vos compatriotes, mes sincères félicitations. Je tiens à souligner l’importance que j’attache au dialogue et à la coopération entre nos deux pays sur des sujets d’intérêt commun tels que les changements climatiques ou la paix et la sécurité en Afrique. Je souhaite que nous continuions à travailler à l’approfondissement de notre relation et au renforcement des liens qui unissent si étroitement nos deux pays.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération». Emmanuel Macron
Il n’en fallait pas plus pour que les partisans du président brandissent cette lettre comme la preuve de la fin de la brouille entre le Palais du bord de la mer et l’Elysée. Surtout, il y a en avait de quoi.

C’est en effet « le premier contact officiel » entre les deux chefs d’Etat car depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron n’a pas daigné avoir des échanges au sommet de l’Etat avec son homologue gabonais. D’autant que bien avant son élection, le candidat Macron interrogé sur la situation qui prévalait au Gabon avait déclaré en avril dernier sur RFI qu’il lui semblait que « l’élection de Monsieur Ali Bongo est pleine d’incertitudes et d’inconnus, qui justifient un jugement circonstanciel».

Fin de la brouille diplomatique ?

La brouille entre Paris et Libreville remontait bien avant l’accession d’Emmanuel Macron à la présidence française puisque depuis l’élection contestée d’Aout 2016 et les violences post-électorales qui ont suivi, Ali Bongo a pris ses distances avec l’ancienne puissance coloniale. Et les nombreux couacs diplomatiques qui se sont succédé n’ont pas été de nature à arranger les choses.

En Août 2015 déjà, la brève interpellation du puissant directeur de cabinet du président gabonais, le béninois Maixent Accrombessi, à l’aéroport de Roissy alors qu’il était en mission, avait le froid entre les deux pays. Par la suite, les décisions prises par l’Union européenne (UE) ainsi que les multiples prises de position d’hommes politiques français mais aussi et surtout les nombreux reportages à charge contre « clan Bongo », diffusés sur plusieurs médias publics français, ont confirmés la brouille diplomatique.

C’est ce qui explique qu’au lendemain de sa réélection, le président Ali Bongo a pris un plaisir à bouder la France en se rendant en visite officielle d’abord en Chine puis à Cuba sans passer par l’étape parisienne, ce qui était tout simplement impensable, au vu de la tradition établie depuis les années glorieuses de la Françafrique dont le Gabon était le témoin d’honneur par excellence.

A Libreville, les partisans d’Ali Bongo jubilent en tout cas sur cette lettre qui a été perçu comme une « manière de prendre contact » qui signifie enfin la reconnaissance implicite de la France de la réélection d’Ali Bongo. La présidence s’est certes abstenue de tout commentaire mais les milieux proches du pouvoir en font depuis leurs choux gras.

Ping avait écrit à Macron qui répond à …Bongo !

Pour l’opposition menée par Jean Ping, qui se considère comme « le président élu », c’est certes une douche froide même si on n’en fait pas cas. Les opposants qui comptaient jusque-là sur un appui du nouveau président français pour débouter Ali de son Palais vont devoir se faire avec cette nouvelle donne même si en l’espèce, cela ne voudrait à priori rien dire.

La pilule reste pour autant difficile à avaler pour Jean Ping qui a été l’un des premiers hommes politiques africains à écrire pour féliciter le nouveau président français, le même soir de sa consécration à l’Elysée. « C’est en ma qualité de président élu de la République gabonaise qu’il me plait de vous présenter mes vives et sincères félicitations » avait écrit l’opposant dans la soirée du 7 mai dernier avant d’exposer au nouveau locataire, les risques que font engendrer « la grave crise que traverse le Gabon ».

Trois mois et quelques jours plus tard, la réponse est arrivée mais elle est adressée au… président de la république du Gabon, Ali Bongo. Dans le contexte politique gabonais qui reste toujours tendu surtout à la veille des festivités de la fête de l’indépendance que les opposants entendent mettre à profit pour porter un coup dur au régime de Libreville, il y a de quoi refroidir certaines ardeurs.

C’est d’ailleurs à Paris que le vent de la contestation contre Ali Bongo souffle le plus au niveau de la diaspora, avec des manifestations d’opposants qui n’en finissent pas à Paris. « Le président élu » Ping était en tournée, il y a quelques jours en Europe et à Libreville, la presse proche de l’opposition a multiplié dernièrement les titres sur « le soutien qu’il aurait reçu auprès des dirigeants européens et notamment français ».

La polémique est donc en train d’enfler au Gabon où chaque fait divers est un sujet de discorde entre pouvoir et opposant même si pour Ali Bongo, après le dialogue politique du début d’année, la fin de la contestation de sa réélection est actée.Jean Ping n’en démords pas de déménager au Palais du bord de la mer et galvanisé par sa tournée européenne, il compte amplifier la pression populaire et diplomatique sur la majorité. Sauf que la « stratégie du sablier » qui consiste pour le chef d’Etat gabonais a faire jouer le temps afin d’éssoufler et donc de casser l’opposition, est aussi en train de s’avérer payante.

(Sukissa avec Afrique.latribune.fr

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