Il y a quelque chose après la mort : ça s’appelle le réseau
By webmaster1 On 16 Apr, 2013 At 07:04 AM | Categorized As Technologie | With 0 Comments

arton16235-b4ae7 L’externalisation de nos mémoires documentaires a commencé dans les années 70 avec l’arrivée et l’essor de la micro-informatique, pour culminer dans les années 80 avec les mémoires optiques de stockage (CD-Rom puis DVD). Ces « mémoires » et l’externalisation afférente avaient alors principalement pour objet les « informations » et « connaissances » au sens large (journaux, encyclopédies) ainsi que, progressivement, l’ensemble des produits rattachés aux industries culturelles (livres, films, disques).

Progressivement, à la fin des années 90 et au début des années 2000, ce mouvement d’externalisation bascula du côté de nos mémoires personnelles, là encore avec un climax que l’on peut situer vers 2010 avec la généralisation de l’informatique en nuage (cloud computing).

 

Near Death Data Experience

 

Nous sommes aujourd’hui à un point de bascule : la génération actuelle, à l’heure de son décès, sera la première à disposer de davantage d’informations personnelles en ligne que hors-ligne (albums photos, biens culturels notamment). Il devient dès lors urgent de s’interroger non pas sur « l’identité numérique post-mortem » mais sur la gestion ou la délégation de gestion rattachée à ces données personnelles.

Plusieurs cas et plusieurs stratégies des grands acteurs du cloud dépositaires desdites mémoires ont déjà défrayé la chronique. On se souvient de la vraie-fausse histoire du testament impossible de Bruce Willis sur l’Apple Store ; on se souvient également du positionnement de Facebook et de ses comptes utilisateurs transformés automatiquement en « mémorial » au décès desdits utilisateurs.

 

Electro-encéphalogramme numérique plat

 

Le positionnement de Google depuis 3 ans en matière de données personnelles, avec le lancement de son réseau social Google+, avec l’alignement sur une politique de fin d’anonymat, avec une clé unique d’accès à l’ensemble de sa galaxie de services, le positionnement de Google laissait augurer une prise de position imminente sur la question de la gestion de ces données après le décès d’un utilisateur. C’est désormais chose faite avec le lancement de son « gestionnaire de comptes inactifs » (sic).

« Qu’arrivera-t-il à vos photos, courriers électroniques et document quand vous arrêterez d’utiliser votre compte ? (…) Avec le Gestionnaire de Comptes Inactifs, vous pourrez décider à quel moment votre compte doit être considéré comme inactif, ce qui arrivera à vos données et qui en sera informé. »

Lancement expliqué sur le blog officiel de la firme et sur lequel revient — notamment — Ars Technica (pour un billet en français, voir sur Demain la veille de Aref Jdey).

 

 

Don’t Be Evil et Go to Hell

 

A ma connaissance, cette « politique » de Google est aujourd’hui la plus claire et la plus transparente, celle qui laisse aux utilisateurs le plus de choix alternatifs pour la migration, la conservation et/ou la délégation de gestion afférente à leurs mémoires personnelles après leur mort. A l’inverse d’un Apple reposant uniquement sur une gestion transactionnelle des mémoires (un « compte » étant réductible à son numéro de carte bleue), à rebours d’un Facebook ne voyant dans le « pathos » et les comptes « mémorial » associés qu’un nouveau moyen de garder les utilisateurs captifs, à l’inverse également de toutes les micro-sociétés proposant des services commerciaux liés à la gestion des comptes d’utilisateurs décédés, Google met en place un outil simple et transparent (ce qui ne veut pas dire qu’il le restera) dont l’un des principaux mérites est de laisser à l’utilisateur encore actif (et vivant) la possibilité de choisir le ou les scénarios qu’il juge les plus nécessaires ou les moins intrusifs, et qui laisse également la possibilité d’externaliser de nouveau au profit d’un tiers de confiance la masse de données personnelles que nous avons accumulée sur nos différents comptes/services de la galaxie Google.

 

Partir en fumée ou rester dans le nuage.

 

Pour le tiers en question se posera alors la question de savoir « quoi faire » des données ainsi collectées. L’une des solutions, s’il s’agit, cas le plus probable, d’un parent ou d’un descendant du défunt, sera probablement de réinjecter dans les services du Cloud, mais cette fois sur son propre compte, tout ou partie des données ainsi recueillies. Il est d’ailleurs tout aussi probable que Google se verra de nouveau confier par ledit tiers les données personnelles confiées par le défunt : essentiellement pour des raisons pratiques ou de simplicité (la question des formats pour Blogger par exemple), mais également pour des raisons de quasi-monopole dans les usages sur certains des services proposés. On peut d’ailleurs sans grand risque de se tromper, supposer que si le tiers de confiance dispose déjà d’un compte Google, ce dernier (Google) lui proposera de réaffecter facilement et de la manière quasi-transparente, tout ou partie des données du défunt à son propre compte.

La fumée et les cendres de cette « crémation numérique » ont ainsi toutes les chances de venir grossir encore les nuages du Cloud plutôt que de trouver asile dans des dispositifs de stockage résidents (= disques durs) passés de mode, d’usage et d’accès ou n’ayant plus vocation qu’à servir d’interface ou de « mémoire cache » avec les services du Cloud.

Cette dépendance aux données personnelles désormais investie d’une relation « testamentaire » pourra également présenter l’avantage d’être un service facilement monétisable, ce qui n’est pas, loin s’en faut, le moindre des avantages pour la firme le mettant en œuvre.

Sukissa avec Olivier Ertzscheid est enseignant-chercheur (Maître de Conférences) en Sciences de l’information et de la communication à l’IUT de La Roche-sur-Yon (Université de Nantes)

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